Le 18 novembre dernier, l’association GSC organisait son Assemblée Générale, un rendez-vous majeur réunissant administrateurs, partenaires, experts et acteurs engagés de l’écosystème entrepreneurial. Un moment clé pour revenir sur une année dense, partager les évolutions du dispositif et réaffirmer la mission fondatrice de la GSC : sensibiliser et protéger les dirigeants face au risque de perte d’emploi, afin de soutenir durablement l’audace entrepreneuriale. Au cœur de cet événement, une table ronde particulièrement attendue : « Entreprendre aujourd’hui : mission impossible ? ». Animée par Thomas Benzazon, cette conférence a réuni : Vincent Moindrot (fondateur et DG de New Carlili), Romain Sarels (fondateur de Conversions), Sandra Rey (co-fondatrice et CEO d’Anima) et Marie Eloy (fondatrice de Bouge ta boite et fondatrice Femmes des Territoires), dont la phrase d’ouverture a immédiatement donné le ton : » L’inverse de la fragilité n’est pas la force. L’inverse de la fragilité, c’est l’arrogance. » Une réflexion qui a ouvert un échange riche sur les réalités actuelles de l’entrepreneuriat, les défis quotidiens des dirigeantes et dirigeants et les conditions indispensables pour continuer à entreprendre avec ambition, sans déni de la fragilité inhérente au parcours entrepreneurial.
1. Entreprendre aujourd’hui : un parcours exigeant ou la chute fait partie du chemin
Les intervenants de cette table ronde ont connu l’échec entrepreneurial et tout ce qu’il implique : dettes, créances, passages devant le tribunal de commerce, liquidation ou cession forcée de leur entreprise respective. À travers leurs témoignages, ils ont mis des mots sur une réalité vécue chaque année par des milliers d’entrepreneurs et montré, sans détour, ce que signifie vraiment la fin d’une activité. Ils ont rappelé une vérité que l’on entend trop peu : l’échec entrepreneurial n’est pas une fin en soi — il fait partie du parcours d’un chef d’entreprise.
Quand la réalité économique rattrape l’entrepreneur : les intervenants ont témoigné de l’impact brutal que peut avoir l’arrêt d’activité : perte de revenus du jour au lendemain, charges qui continuent de tomber, responsabilités familiales, dettes parfois lourdes, culpabilité, isolement…Une accumulation qui met à nu la fragilité du dirigeant, souvent invisible tant que tout va bien. Leur récit a rappelé un point essentiel : derrière chaque société qui ferme, il y a un être humain — parfois épuisé, souvent seul, toujours confronté à un choc violent. Les intervenants ont souligné qu’on parle volontiers du risque “financier”, mais trop rarement du risque “humain”.
Ces parcours semés d’embûches ne les ont pas conduits à dire qu’entreprendre est impossible, au contraire :
- Ils affirment que l’entrepreneuriat reste une aventure extraordinaire,
- Mais qu’il devient irresponsable de laisser les dirigeants avancer sans filet.
Ils ont montré que la question n’est pas : « Peut-on encore entreprendre ? », mais :
« Comment mieux accompagner et protéger celles et ceux qui entreprennent, pour que la chute n’impacte pas la vie derrière l’entreprise ? »
2. La fragilité : un levier de lucidité et de leadership :
La table ronde a mis en lumière un point essentiel : le dirigeant n’est pas un héros invincible. Il est un être humain et sa fragilité fait partie intégrante de son engagement entrepreneurial.
Comme l’a exprimé Marie Eloy, « ce n’est pas facile de parler de fragilité quand on est soi-même fragile ». Pourtant, elle en a fait une véritable force : accepter de montrer ses failles lui a permis de trouver une solidité nouvelle, plus durable et plus lucide. Dans un monde où l’on valorise trop souvent la réussite visible, elle rappelle que l’on grandit davantage dans l’épreuve que dans le confort.
Ces témoignages montrent que la fragilité n’est pas seulement émotionnelle : elle s’exprime aussi dans les relations professionnelles, dans la solitude des décisions difficiles ou encore dans la brutalité financière qu’implique la fin d’une activité. Lorsque tombe la sentence d’un dépôt de bilan ou d’une cessation, c’est toute une vie qui vacille. Et pourtant, c’est le moment où il faudrait être le mieux entouré.
Comme l’a souligné Romain Sarels, « quand on cache la vérité à son entourage, on se prive de leur soutien et on se renferme sur soi-même ». Dire sa fragilité, c’est faire le premier pas vers le rebond. C’est accepter d’être accompagné, conseillé, soutenu — et ne plus être seul à porter le poids de l’entreprise.
En réalité, le danger n’est pas d’être fragile ; le danger est de croire qu’on ne l’est pas. L’arrogance isole. La vulnérabilité rassemble. Et c’est souvent dans ce changement de posture que commence la reconstruction.
3. Rebondir nécessite un environnement protecteur :
Si la fragilité est inhérente au fait d’entreprendre, alors la protection doit l’être tout autant. Tous les intervenants en ont témoigné : lorsque l’entreprise s’arrête, la vie continue — mais avec une violence économique et psychologique rarement anticipée. Plus de revenus, mais toujours des charges. Plus de perspectives, mais encore des responsabilités.
C’est pourquoi la question de la protection des dirigeants ne doit plus être différée ou minimisée. Comme l’a expliqué Sandra Rey, la GSC permet de retirer « l’épée de Damoclès au-dessus de la tête de l’entrepreneur » et de continuer à avancer sans que chaque décision ne se transforme en risque vital.
La protection, loin d’être un renoncement, devient un accélérateur d’audace et d’innovation. Elle donne de la sérénité aux dirigeants, leur permet d’oser et d’investir, tout en sachant qu’ils ne mettront pas en péril leur vie personnelle.
Vincent Moindrot en a tiré une leçon personnelle : lorsqu’on lui a proposé la GSC, il a refusé, convaincu de ne pas en avoir besoin — « par arrogance », reconnaît-il aujourd’hui. Comme beaucoup, il pensait que se protéger revenait à admettre la possibilité d’échouer. Il sait désormais que se protéger, c’est simplement reconnaître la réalité de la prise de risque entrepreneurial.
Comme le rappelle Élodie Warnery, Directrice Générale de l’association GSC, être chef d’entreprise n’est pas un métier comme les autres. C’est un engagement total, qui mérite d’être accompagné et valorisé. Le rebond d’un dirigeant n’est jamais une affaire individuelle : c’est un enjeu pour l’économie, pour l’emploi et pour l’innovation.
4. L’échec n’est pas la fin d’une histoire :
Ce qui a été souligné lors de cette table ronde, c’est que l’échec entrepreneurial n’est pas un point final. C’est un chapitre, parfois difficile, mais qui peut être fondateur. Ceux qui ont connu la chute sont souvent ceux qui rebondissent plus haut, plus fort, avec une vision plus juste de leur rôle.
Entreprendre, ce n’est pas réussir sans failles.
Entreprendre, c’est persévérer malgré les chutes.
Et cela n’est possible que si l’on permet aux dirigeants de se relever.
5. Une société forte protège la fragilité :
Marie Eloy a cité une phrase qui a profondément résonné dans la salle :
« La solidité d’une société se mesure à la façon dont elle traite la fragilité. » – attribué à Gandhi
Protéger les entrepreneurs quand ils vacillent,
C’est protéger l’avenir économique de notre pays.
C’est préserver des emplois, des idées, des familles, des trajectoires.
Entreprendre n’est pas une mission impossible.
C’est une mission essentielle.
Et elle doit toujours pouvoir être poursuivie.
